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L’ombre de l’ombre: de la dissolution à la réflexion

Christina Willimann, n’en mène pas moins depuis une décennie une réflexion formelle approfondie qui s’inscrit dans l’élan de l’Histoire de l’art de ces cinquante dernières années. Inspirée par de nombreux artistes qui explorent l’espace et la distanciation entre le «sujet» et sa «perception», fascinée par les multiples mises en abymes de l’ombre et la disparition analogique de l’objet, elle nous propose dans ses explorations récentes, un corpus d’œuvres et d’installations qui, toutes, interrogent le réel et sa perception.

«It is what it is» pourrait être sa devise, à l’instar des artistes minimalistes ou conceptuels qui s’interrogent sur la convergence entre l’espace, le perçu, le symbolique, et le matériel. L’image est disponible, elle n’est pas «interprétée», car le motif existe en tant que lui-même et son passage dans le laboratoire alchimique de Christina Willimann ne consiste qu’à déduire les qualités propres de sa fabrication et de sa structure, qu’elle soit numérique, reflétée, allégorique ou simplement perçue comme un signe socialement consensuel. Ce qui est important pour l’artiste, ce n’est pas le jeu formel pour le jeu lui-même, mais bien l’interstice, le saisissement de ce moment fragile de l’entre-deux entre la chose et sa disparition ou sa recomposition symbolique. Mais ce processus, elle le veut partagé, compris, et vécu par le regardeur, ce qui explique qu’elle a régulièrement recours à l’expérience immersive. A travers la peinture, la photographie, l’installation, elle décompose le monde que nous connaissons en schémas archétypiques afin de les reconstruire ensuite via les pixels, les QR codes et les ombres, comme des fragments de notre réalité.

Particulièrement inspirée par le travail autour du vide d’Yves Klein, du rapport photographie-peinture de Gerhard Richter ou de la mise en espace des expositions par Joëlle Tuerlinckx, elle est à la fois passionnée de géométrie et de mathématiques, mais cherche pourtant une issue conceptuelle tournée vers le fait social. Son programme, quoiqu’expérimental, apparaît dès lors tout à fait clair: rematérialiser l’état digital du monde; permettre l’expression du vide immatériel entre les différents états de l’image pour faire jaillir une pensée philosophique et critique; faciliter les connexions neuronales inhabituelles pour favoriser l’imagination et faire reculer les stéréotypes. 

Mais l’ambition artistique de Christina Willimann est également plus métaphysique: comment aller encore plus loin, malgré les incroyables défrichages de territoires toujours plus dématérialisés que l’art moderne, puis contemporain, nous ont livrés? Comment apporter encore à ce jour une contribution personnelle? 

Son crédo sera donc, et pour longtemps encore, l’expérience de la « dissolution ». De l’objet. De l’espace. Du sens même de l’exposition et de la rencontre entre un objet et un regard. Salutaire dissolution des schémas de pensées dont l’apparente neutralité dissimule en réalité une forme de constat implacable et engagé sur un paradoxe: lorsque l’ombre de l’ombre, lorsque la pixélisation des images ou la distanciation vis-à-vis du sujet ouvrent la voie à une effrayante dissolution de notre réalité en fragments épars. Celle de nos personnalités prises dans la vacuité des flux de perception et de communication? Mais l’artiste est avant tout une aventurière qui se tient sur un fil de contradictions, et pour elle, il y a encore un «après»! Après la disparition des structures, après même la périlleuse matérialisation du vide…

Et voici la grande question qui l’occupe: quel art pourrait-il être enfanté par la matrice du néant? Et comment le partager? A suivre!

Expositions

Expositions personnelles

  • 2021 : "Encryption process", Galerie Espace L (Ge)
  • 2020 : Expo confinée, Galerie Clin d’oeil à Corsier (Ge)
  • 2019 : «Zoom» Fondation Amshi, Genève
  • 2018 : «Zoom» au Bal des Créateurs, Quartier des Bains, Genève
  • 2013 : «Googled Colors» Galerie Clin d’oeil à Corsier (Ge)
  • 2004 : Projet fresque photographique pour Honeywell, Morges

Expositions collectives

  • 2018 : «Eclat d’or» Galerie du Coin du Centre à Meinier (Ge)
  • 2015 : «L’Englaciation» Galerie d’Anières (Ge)
  • 1991 : Banque Reiffeisen, Cologne

 

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